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Marie Sidler, la préceptrice d’Yvonne Aubert enfin identifiée

Une énigme vient d’être levée sur l’histoire de la Castille et plus particulièrement sur Yvonne Aubert par Monsieur Tanguy de Falletans, descendant de la tante de la jeune fille, qui ces dernières années a déjà largement contribué à notre connaissance des fondateurs de la Castille par la communication de documents inédits et de souvenirs de famille.

Cette fois, il s’agit de l’identification de la préceptrice qui s’occupa à la Castille des deux jeunes enfants Aubert, et plus particulièrement de l’ainée, Yvonne, avant que celle-ci ne monte à Lyon pour poursuivre sa scolarité et y mourir subitement en 1901.

En dehors de quelques photographies, Yvonne, qui marqua si profondément son entourage durant sa courte vie, ne nous est essentiellement connue par une courte monographie rédigée après sa mort par sa préceptrice qui avait discrètement signé « Marie S. ». L’identification de l’auteur avait jusqu’à présent résisté à nos investigations et nous fermait l’accès potentiel à des sources inédites, notamment le journal de la petite Yvonne, largement cité dans la monographie en son honneur, mais disparu depuis.

Comme souvent, la clef était à portée de notre main. En effet, la monographie de « Marie S. », Un Ange sur la Terre : Yvonne Aubert, fut publiée à partir de 1905, à Saint-Maurice, par l’Imprimerie de l’Oeuvre de Saint-Augustin. Il suffisait, mais encore fallait-il être assez simple pour y penser, d’inscrire dans un moteur de recherche ces quelques mots « Marie S. », « Saint-Maurice », « Oeuvre de Saint-Augustin », pour que tout s’illuminât.

Marie (Mère Marie-Thérèse) Sidler, co-fondatrice de la Congrégation des Soeurs de Saint-Augustin et de l’Oeuvre Saint-Augustin

Car « Marie S. » n’est autre que Marie Sidler (1876-1944), cofondatrice en 1906 à Saint-Maurice (Suisse), avec le chanoine régulier Louis Cergneux (1867-1931), de la Congrégation des Soeurs de Saint-Augustin et de l’Oeuvre Saint-Augustin, ayant pour mission l’apostolat par la presse catholique (édition de bulletins paroissiaux et gestion de librairies et de bibliothèques). Première Supérieure générale de la Congrégation sous le nom de Mère Marie-Thérèse, femme de tête et de caractère, l’ancienne préceptrice d’Yvonne Aubert eut à lutter pour implanter durablement la congrégation et sa mission en Suisse. Ainsi c’est dans la clandestinité qu’elle prononça ses voeux religieux le 10 septembre 1906, avec les premières Soeurs de Saint-Augustin, la Constitution fédérale suisse interdisant alors de fonder de nouvelles congrégations religieuses. De même, en interne, les rapports ne furent pas toujours faciles avec le nouvel évêque abbé de Saint-Maurice Monseigneur Mariétan qui entendait garder la main sur l’oeuvre au point d’exiger de Mère Marie-Thérèse en 1926 le renoncement à sa charge de Supérieure générale. Les troubles qui s’en suivirent dans l’orientation et la gestion de l’Oeuvre entrainèrent une enquête de Rome qui se conclue en 1930 par une réhabilitation de Mère Marie-Thérèse dans sa charge de Supérieure et le retrait de l’autorité de Monseigneur Mariétan sur l’œuvre qui dépendra dès lors directement du pape. Le développement de l’Oeuvre ne se démentit pas les décennies suivantes au point de s’étendre aux missions africaines à partir de 1960. Mère Marie-Thérèse s’était éteinte le 29 février 1944 laissant une réputation de sainteté dans la communauté.

Par un heureux hasard, ou un clin d’oeil de la Providence, l’identification de Marie Sidler s’est faite, par un parent d’Yvonne Aubert, 120 ans quasiment jour pour jour après l’entrée en religion de la préceptrice de la Castille. Dans sa monographie en hommage à la fille aînée de Frédéric et Berthe Aubert, Marie Sidler confie très pudiquement l’affection réciproque qui l’unissait à Yvonne au point de considérer celle-ci peu avant sa mort en 1901 comme une soeur. Nul doute que ces deux âmes d’élite se soutinrent mutuellement dans leur aspiration à la vie religieuse, celle d’Yvonne n’aboutissant pas, mais probablement portée pour deux par la future Supérieure des Soeurs de Saint-Augustin. En ce sens, il n’est pour nous pas un hasard que la monographie Un Ange sur la Terre fut publiée dès 1906, Mère Marie-Thérèse non seulement rendant hommage à son ancienne élève et amie, mais la proposant également comme modèle de la jeunesse à travers les éditions catholiques. L’étude des archives de Marie Sidler à Saint-Maurice nous éclairera peut-être davantage sur les relations entre les deux jeunes femmes et ensuite entre les Soeurs de Saint-Augustin et les parents d’Yvonne.

En cette année solennelle de l’Oeuvre Saint-Augustin, les Archives diocésaines de Fréjus-Toulon sont heureuses de s’inscrire en quelque sorte dans la continuité de Marie Sidler par les recherches et la communication accomplies autour de la famille Aubert et particulièrement Yvonne à l’occasion du centenaire de la cession de la Castille à l’Eglise (1922-2022). C’est pourquoi, en action de grâce et en communion avec la Congrégation des Soeurs de Saint-Augustin, les Archives diocésaines se placeront cette année 2026-2027 sous le patronage conjoint de Mère Marie-Thérèse Sidler et Yvonne Aubert.

Yvonne Aubert vers 10 ans

 

 

 

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